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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 00:35

Depuis le début de la crise de l’euro, tous les commentateurs sont sûrs d’une chose : même si cela était souhaitable, une sortie de l’euro ne serait techniquement et juridiquement pas possible. Les traités ne prévoient aucune autre solution qu’une sortie de l’UE en même temps qu’une sortie de l’euro. Surtout, réintroduire une monnaie nationale provoquerait un effondrement économique complet qui n’est pas une option crédible. Bref, les Etats membres de l’euro sont condamnés à mourir à petit feu ou à espérer qu’un jour l’Allemagne accepte enfin de boucler leurs fins de mois.

 

Cette affirmation martelée matin et soir commence à être remise en cause.

 

Deux prises de position récentes sont instructives.

 

1/ D’abord, l’éditorialiste de référence du Financial Times (dont on ne peut pas douter des compétences financières !) Martin Wolf a commencé a détailler en pleine page ce que pourrait être un mécanisme « contrôlé » de sortie de l’euro. C’est le versant technique et financer du sujet qui est crucial.

Son plan, dans le cas de la Grèce, est le suivant :

- La Grèce réintroduit une monnaie nationale, la « nouvelle drachme »

- « Les nouveaux contrats exécutés sous loi grecque et les impôts et dépenses en Grèce seraient libellés dans la nouvelle monnaie » (la loi grecque peut imposer cette conversion sans risque de contestation juridique).

- « Les contrats existant resteraient en euros » (afin d’éviter les risques liés à la contestation juridique d’une conversion forcée).

- « Les banques auraient des comptes résiduels en euros (« legacy euro accounts ») et des comptes en nouvelle drachme »

- Le taux de change contre euro de la nouvelle monnaie serait fixé par le marché, il se déprécierait rapidement, « ce qui est désespérément nécessaire ».

- Le Gouvernement grec serait soumis aux obligations d’un programme international « reformulé » (sous entendu par le FMI). « Il continuerait à se battre pour arriver à l’équilibre des comptes publics, mais il serait aidé en cela par ce qui s’apparenterait à une dévaluation réelle massive ».

- La nouvelle banque centrale gérerait la nouvelle monnaie en toute indépendance.

- Les prix internes monteront en nouvelle monnaie, mais compte tenu des capacités de production non utilisées très importantes, l’hyperinflation pourrait être évitée avec une aide internationale appropriée.

- « Il y aurait des défauts sur les dettes privées et publiques dans des montants importants. Mais si la Grèce devait rester dans l’euro et subir une déflation durable pour espérer retrouver de la compétitivité sans une nouvelle monnaie, la valeur réelle de la dette en euro exploserait également et ce phénomène accélérerait même le processus de défaut » (donc ces défauts sont de toute façon incontournables, la seule question est comment les gérer au mieux).

- « La Grèce perdra son droit de vote à la BCE, mais la possibilité d’un retour un jour dans l’euro demeurerait ».

- « Une telle approche coopérative pour réintroduire une monnaie nationale serait la moins couteuse, mais elle générerait forcément de la contagion ».

Si M. Wolf présente un plan aussi détaillé, cela signifie que contrairement aux affirmations de certains économistes de banques (ING, UBS, abondamment cités malgré leur exposition à un conflit d’intérêt évident…) la sortie de l’euro ne serait pas forcément l’Armageddon.

 

La restructuration des dettes est une permanence des crises financières. Malgré les dénégations de M. Trichet, pourtant ancien président du Club de Paris (dont le métier est, justement, de restructurer de manière ordonnée les dettes des pays pauvres), la restructuration des dettes des pays du sud, dettes privées comme publiques, est possible et même souhaitable sans créer de catastrophe. Bien sûr, on nous dira que la Grèce ne pourra plus jamais avoir accès au marché international des capitaux et sera condamnée à l’autarcie. Mais l’histoire financière dit exactement le contraire : le cas de l’Argentine est l’exception et non la règle (le pays est privé d’accès aux marchés depuis 10 ans depuis le défaut de 2002). Les autres pays ayant fait défaut, parfois massivement mais de manière ordonnée et coopérative sont souvent revenus sur les marchés rapidement, car les créanciers savent qu’une faillite ordonnée est souvent le gage d’un nouveau départ gagnant.

 

2/ La seconde évolution intéressante concerne le volet juridique de la sortie de l’euro. La CDU allemande prépare pour son congrès une motion demandant à la Chancelière de proposer une révision du Traité européen pour permettre à un pays de sortir de l’euro sans devoir forcément sortir de l’Union européenne et du marché unique. Il fallait y penser.

 

Nous avons toujours considéré qu’une telle révision du Traité était probable en cas de sortie forcée de l’euro. Le maintien de pays membres de l’UE hors de l’euro montre depuis dix ans que l’appartenance à l’Union est compatible avec le refus de rejoindre l’euro. L’argument juridique exposé avec autorité n’a aucune pertinence politique.

 

Nous n’avons en outre jamais douté que l’intelligence collective mobilisée pour sauver une zone monétaire sans avenir (création de l’EFSF, création d’un levier pour le fond, montages de SPIV en tous genre pour attirer de l’argent chinois, etc..) peut évidemment être mise au service de plans B.

 

Il est temps de travailler sérieusement à un processus maîtrisé de sortie de l’euro pour les pays qui, de toute évidence, finiront de gré ou de force à en sortir.

 

La déconstruction de l’euro ne sera pas la fin du monde.

 

 

 

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  • : Le blog Euro-crise propose un regard d'expert engagé sur la crise de l'euro dans le but de contribuer activement au débat public sur un sujet majeur pour l'avenir de la France et de l'Europe. Il est animé par une équipe pluridisciplinaire constituée d'acteurs d'horizons divers (banque, institutions publiques, enseignement).
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