Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 22:53

Et de trois … Le Portugal sera donc le troisième Etat membre de la zone euro à succomber devant les marchés et à faire appel au mécanisme européen d’assistance financière.


La résistance du Premier ministre Socrates a été impressionnante, et finalement peu compréhensible si on pense aux trois mois de tension incroyable qu’il a du vivre pour se résigner à démissionner puis à faire appel à l’aide, sauf si on prend en compte le souvenir cuisant que le FMI semble avoir laissé dans le pays depuis les années 1970 …


La réaction des marchés, toujours aussi impayables, est très positive. De fait, c’est une source d’incertitude en moins et les marchés détestent l’incertitude. Le Portugal n’est pas un « gros morceau » dans la zone euro. Il ne représente que 1,8% du PIB de la zone euro.


Comme en mai 2010 lorsque la Grèce a du être sauvée, les autres Etats membres potentiellement menacés (Espagne) se précipitent pour déclarer que leur situation est très différente. Souvenons qu’à l’époque, l’Irlande était donnée comme modèle de vertu face aux grecs, on a vu que la situation pouvait bien changer en 6 mois.

Il semble toutefois que les marchés financiers devraient donner un petit répit à la zone euro dans le prochain semestre. Il faut espérer vraiment que les Espagnols feront ce qu’il faut pour éviter d’être les prochains sur la liste des Etats assistés, car la crise changerait vraiment d’échelle. Prochain rendez-vous à l’automne, quand nous aurons un premier aperçu de la mise en œuvre des mesures de restructuration du secteur bancaire espagnol et de la capacité de l’économie ibérique à rebondir.


En attendant, le pauvre petit Portugal va continuer à beaucoup souffrir.


D’abord, contrairement à la Grèce et, surtout à l’Irlande, le Portugal n’a pas profité à plein des dix premières années de l’euro. Entre 2004 et 2007, alors que l’Espagne baignait en pleine bulle immobilière, le pays n’a jamais dépassé 2% de croissance. Il est resté un pays pauvre relativement aux autres pays européens de l’Europe de l’Ouest. Son niveau de productivité est resté trop faible pour suivre le rythme des autres économies, y compris les nouveaux Etats membres de l’Est de l’Europe.


L’endettement public du pays (89% selon les prévisions de la Commission pour 2011) n’est pas du tout éloigné de celui de la France et n’est pas justifié par des mensonges statistiques. Il résulte d’emprunts gagés sur l’espoir que l’intégration dans la zone euro et le marché unique européen permettrait de hisser l’économie du pays dans la catégorie des pays à forte croissance. C’est espoir ne s’est pas réalisé et les marchés ont fini par perdre confiance.


L’endettement privé, celui des ménages et des entreprises, est plus impressionnant (plus de 200% du PIB). Il est le résultat des dix années d’argent facile avec l’euro et d’abaissement des taux d’intérêt. Cet endettement a soutenu la consommation intérieure, fait monter les prix, au détriment de la compétitivité (l’écart de compétitivité par rapport au taux de change réel est évalué à 40% par le FMI !). 


Ce constat permet de mesure la lourdeur des sacrifices qui vont maintenant être demandés aux Portugais alors que contrairement aux Grecs (qui ne payent pas leurs impôts) et aux Irlandais (qui ont spéculé sur l’immobilier à en perdre la tête), ils n’ont à se reprocher que d’avoir cédé un petit moment aux sirènes de l’argent facilement emprunté (mais il n’y a pas eu de vraie bulle immobilière) … et surtout d’être un petit pays périphérique oublié par les industriels dans un monde où il est tellement plus bénéfique d’investir en Chine qu’à Porto.


Le FMI et l’UE vont expliquer que les « réformes structurelles » demandées au pays permettront de rattraper tout ce temps perdu. Il est cependant plus probable que le pays continue sur la voie de l’austérité, de la pauvreté et de l’émigration de ses jeunes les plus qualifiés. En 2010, le SMIC portugais était de 475€ par mois … un niveau trop élevé nous dit le FMI dans un rapport de 2010. Le budget pour 2011 prévoit déjà des coupes budgétaires de 3% du PIB (en France, cela représenterait 60 milliards d’euros) dans l’éducation, la justice, la défense et la diplomatie, une hausse de 2% de la TVA, la baisse de 2% à 10% des salaires des fonctionnaires … Ce n’était qu’un début.


Le Portugal se prépare au destin des régions périphériques dans les unions monétaires : celui d’un désert économique vivant sous la tutelle des autorités centrales et de leurs subventions (faibles dans le cas européen). Triste destin pour un pays au passé si glorieux. Il serait honnête de le reconnaître.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog euro-crise
  • Le blog euro-crise
  • : Le blog Euro-crise propose un regard d'expert engagé sur la crise de l'euro dans le but de contribuer activement au débat public sur un sujet majeur pour l'avenir de la France et de l'Europe. Il est animé par une équipe pluridisciplinaire constituée d'acteurs d'horizons divers (banque, institutions publiques, enseignement).
  • Contact

Recherche

Liens