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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 19:07

Il est facile ces temps ci de se faire taxer de « germanophobie » dès lors qu’on ose ouvrir un débat rationnel  sur les conséquences catastrophiques de la politique économique allemande sur l’Europe.


Le FMI, qui on l’espère sera considéré par tous comme un arbitre impartial, apporte en des termes bien choisis un éclairage sans concession sur cette question centrale qui dans son récent « Sustainability Report » sur l’Allemagne. Ce rapport est rédigé dans le cadre du travail confié par le G20 à l’institution de Washington pour surveiller les « déséquilibres globaux » à l’échelle mondiale et pour faire des recommandations en vue de leur réduction. On le sait, ces déséquilibres ont contribué à la crise systémique de 2008 en autorisant des investissements massifs de capitaux en provenance des pays en excédents dans le secteur financier occidental.

 

Que dit le FMI ?

 

1/ D’abord, il constate le niveau des excédents courants allemands. En 2010, ils représentaient 5,7% du PIB allemand, soit un niveau supérieur à celui de la Chine (5,2%) ! Le FMI rappelle que cette réalité n’est pas nouvelle. A part la période de la réunification, l’Allemagne a toujours dégagé depuis les années 1950 des excédents commerciaux et des excédents des comptes courants importants. Néanmoins, l’accroissement de l’excédent courant allemand depuis 2000 est sans précédent historique : en 2007 il dépassait 6% du PIB alors qu’il était de -2% en 2000.

 

2/ Ensuite, il trace l’origine de ces excédents structurels dans la capacité de l’industrie allemande à occuper une niche « haut de gamme » dans le commerce mondial et, surtout, dans la politique d’austérité salariale conduite depuis 2000 Outre-Rhin et dont les caractéristiques sont bien connues des lecteurs de ce blog.

 

Plus intéressant, il cherche aussi les raisons pour lesquelles les très fortes exportations ne sont pas contrebalancées par des importations de même ampleur. L’explication se trouve du côté de la faible demande intérieure en Allemagne du coté des ménages, qui s’explique bien évidemment par l’austérité salariale, mais aussi du côté du faible taux d’investissement. De 2000 à 2007, l’investissement a baissé en Allemagne  en proportion du PIB, le pays étant presque bon dernier dans le classement des pays de l’OCDE (la Suède et le Royaume-Uni présentant une performance encore plus médiocre). L’explication de ce phonème est plus dure à trouver :

 

- selon le FMI, il est probable que les dysfonctionnements du système financier sont une cause importante. Le secteur bancaire allemand n’est pas compétitif, le crédit étant encore largement alloué par des banques régionales contrôlées par les Etats régionaux. Par conséquent, la rentabilité des investissements en Allemagne est faible, ce qui explique que les banques et les gestionnaires de fonds ont massivement préféré aller investir dans les pays du sud de l’Europe … En outre, le capital investissement est assez peu développé.

 

- Le FMI indique aussi que la productivité du secteur non ouvert à la concurrence internationale reste faible en Allemagne, notamment en raison de la réglementation et des déficiences du système éducatif (le FMI souligne que le système allemand ne produit pas assez de généralistes et trop d’ingénieurs spécialisés réservés à l’industrie exportatrice)

 

- on peut penser aussi que le modèle industriel allemand privilégie la délocalisation de l’amont des chaines de production (Europe de l’Est) ce qui contribue à déprimer l’investissement sur le territoire allemand qui ne concerne que le bout de la chaine de production.

 

3/ Le FMI juge enfin les conséquences de ces réalités allemandes, elles sont très claires :

 

- L’Allemagne a contribué à élargir considérablement les écarts de compétitivité au sein de la zone euro avec sa politique salariale non coopérative. L’absence d’ajustement par le change et la mauvaise intégration des économies ont rendu impossible un rééquilibrage des déficits courants au sud de l’Europe, ce qui a rendu la crise actuelle de la dette inéluctable.

 

- A l’échelle mondiale, même, le FMI écrit que « l’Allemagne pourrait contribuer à un croissance mondiale plus élevée et plus stable en faisant moins reposer son modèle économique sur l’exportation et davantage sur la demande interne ». Un modèle économique centré sur l’exportation est fragile car exposé aux variations de la croissance mondiale

 

Qu’en fera l’Allemagne ?

 

Rien sans doute. En Europe, elle détient maintenant toutes les cartes du jeu. Au sein du G20, elle pourra compter sur la Chine pour éviter un débat trop brutal.

 

Remarquons que la Commission européenne aurait les moyens, dans le cadre du nouveau « Six Pack » de lancer une procédure en « déséquilibre excessif » contre l’Allemagne en considérant que son excédent courant pose un problème à l’ensemble de l’économie européenne. Néanmoins, nous prenons les paris que cela n’arrivera jamais, l’Allemagne ayant déjà fait savoir qu’elle ne considérait que les « déséquilibres négatifs » comme étant susceptibles de poursuites …

 

A quoi faut-il dont s’attendre ?

 

Le FMI esquisse un scénario favorable, c’est son rôle. L’Allemagne, forte de sa position acquise, mettrait fin dans l’avenir à sa politique d’austérité salariale, contribuant ainsi à rééquilibrer un peu les écarts de compétitivité dans la zone euro.

 

Nous doutons du réalisme de cette hypothèse. Comme certains éditorialistes commencent enfin à l’accepter, l’Allemagne souffre d’un manque chronique de « vision globale » des conséquences de ses propres politiques. L’excédent commercial demeure et demeurera encore longtemps le « socle » fondamental du consensus social en Allemagne, conformément aux conceptions des fondateurs de la RFA dont Ludwig Ehrard. Il s’agit de convictions profondes et largement partagées dans une population qui, du fait de ses valeurs propres, considère l’endettement et la surconsommation comme des comportements « anormaux ».

 

En 1944, Keynes proposait le Bancor et la création d’un système international de recyclage des excécents courants des pays « forts » au profit de la relance dans les pays « faibles ». Il proposait pour cela une forme de taxation des excédents courants. Soixante-cinq ans après nous en sommes toujours au même point. Les pays « forts » ne veulent pas accepter qu’ils portent une part de responsabilité dans les déficits des pays « faibles », et les crises reviennent toujours …

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commentaires

stop snoring aids 03/02/2014 11:56

It is important for nations to have good investments, but if there is a large scale surplus investment, then it will be the fate of the Europe with the financial collapse in 2008. More shocking is that there were no news about any contingency plans.

(Clovis Simard,phD) 07/01/2012 13:31

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