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5 août 2011 5 05 /08 /août /2011 00:33

La crise de l’euro est de retour, avec une intensité sans précédent. Le sommet européen du 21 juillet avait, une nouvelle fois, donné l’occasion à la presse bien pensante de célébrer avec les politiques « la fin de la crise » et « des décisions historiques pour sauver l’euro », mais le succès n’a une nouvelle fois que duré le temps d’un souffle. Les bourses européennes ont baissé de 10% depuis lundi. Les taux d’intérêt sur la dette de l’Italie et l’Espagne atteignent et dépassent 6%. L’écart entre les taux français et allemand atteint 80 points de base, soit si niveau de … 1995 ! Jamais la méfiance des investisseurs financiers dans l’avenir de la zone euro n’avait été aussi grande. L’euro passera-t-il l’hiver ?

 

 

Avant d’annoncer l’Apocalypse, il faut revenir sur quelques idées de base concernant cette « crise de l’euro ».

 

 

1/ La séquence des événements en cet été de 2011 n’a rien de surprenant. La lecture de la crise par les économistes comme P. Krugman et P. Artus se révèle de plus en plus pertinente avec le temps : la zone euro n’est pas viable en l’état, l’austérité à marche forcée tuera les pays plutôt que les guérir, la solidarité fiscale est la seule solution pour apporter une solution définitive à la crise, et pour gérer la crise, il n’y aura bientôt plus d’autre instrument que l’injection massive de liquidités par les banques centrales. Messieurs les Allemands, c’est diamétralement opposé à toutes vos convictions, dans l’absolu toutes très respectables, mais c’est à vous de jouer en regardant la réalité en face.

Les marchés ont adopté cette ligne de lecture, à notre sens tout à fait juste. Ils attendent donc des dirigeants européens des réponses à la hauteur du problème. Or, à ce jour, rien de sérieux n’a été décidé. Le plan d’aide à la Grèce est assez positif pour ce pays et rachète encore du temps jusqu’en 2014, mais au prix d’une déstabilisation gigantesque de l’ensemble du reste de la zone euro, puisqu’il est maintenant avéré qu’un pays de l’euro peut faire défaut. Ensuite, les mesures prises concernant l’EFSF n’ont pas de portée suffisante. Il faudrait, pour qu’elles aient du sens, que la taille de l’EFSF, limité à 440 milliards d’euros, soit augmentée, mais une telle mesure ferait probablement perdre à la France sa note AAA et donc ferait s’effondrer tout l’édifice. Il ne reste donc qu’une seule solution de court terme, des achats massifs de titres par la BCE. Ce que M. Trichet a refusé de faire en masse aujourd’hui. A long terme, il faudra renforcer le fédéralisme fiscal dans la Zone euro pour éviter que ce genre de crise ne se reproduise.

 

 

2/ A court terme, il ne faut pas dramatiser la situation sur les marchés. En réalité, nous assistons une nouvelle fois à une confrontation dure entre les investisseurs et les autorités. Ce n’est que le 4e ou 5e épisode de ce type depuis le début de la crise. A chaque fois, face à l’effroi créé par la perspective d’un krach mondial, les Etats ont du céder aux marchés, renflouer les banques, injecter massivement des liquidités bancaires, renflouer les pays en faillite du sud de l’Europe …. Il n’y a aucune raison de croire que ce scénario ne sera pas rejoué dans les prochains jours. Comme des mesures concernant l’EFSF ne sont pas possible sans convocation des parlements nationaux, c’est à la BCE de jouer. Elle le fera sans doute, d’une manière ou d’une autre.

 

 

3/ Fondamentalement, la crise de l’euro est politique. Elle interroge la volonté même de ses membres, et notamment de ses membres d’Europe du nord, d’assumer toutes les conséquences d’une union monétaire en terme de solidarité et d’intégration. Les solutions techniques demandées par les marchés viennent donc tester fondamentalement la volonté des Etats membres comme l’Allemagne à payer le prix de l’UEM après en avoir profité largement durant les 10 premières années. Pour les pays d’Europe du sud, il s’agit aussi de faire le choix politique de l’union avec la puissance économique allemande, et donc de conduire les réformes structurelles nécessaires pour rester en première division monétaire. Enfin, pour l’Europe communautaire, c’est un test sans précédent de la réalité de sa substance politique : si elle n’est qu’un ensemble disparate de pays, elle ne pourra survivre à cette crise qui suppose de faire converger tous les Européens vers un modèle de développement économique commun et soutenable.

Au final, il existe sans doute encore aujourd’hui un scénario crédible dans lequel l’euro ne disparait pas très vite, mais ce n’est certainement pas celui proposé par les leaders européens le 21 juillet. Ce scénario, c’est le dynamitage du traité de Maastricht, la conversion de la BCE à la politique américaine de quantitative easing, et l’élaboration d’un modèle économique pragmatique permettant à tous les membres de suivre le rythme d’une union monétaire équilibrée.

 

 

Ce scénario est celui souhaité par la France, qui a toujours joué un rôle clé dans l’équilibre européen. Néanmoins, ses dirigeants ont fait le choix de l’alignement sur les positions absurdes de l’Allemagne et ont manqué au devoir traditionnel de la France en Europe. Ils ne rendent pas service à l’Europe. L’élection de 2012 devra placer ce thème au cœur du débat national. 

 

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  • : Le blog Euro-crise propose un regard d'expert engagé sur la crise de l'euro dans le but de contribuer activement au débat public sur un sujet majeur pour l'avenir de la France et de l'Europe. Il est animé par une équipe pluridisciplinaire constituée d'acteurs d'horizons divers (banque, institutions publiques, enseignement).
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