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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 19:20

Le débat fait rage entre la France et la Grande-Bretagne pour savoir lequel d'entre les deux pays mérite le plus d'être dégradé en premier par les agences de notation. A entendre François Baroin, il "vaut mieux être français qu'anglais en ce moment au plan économique". Est-ce si certain ?

 

Ces enfantillages entre pays sont divertissants. Ils révèlent surtout l'incapacité des dirigeants français à comprendre ou à admettre (c'est selon, ne soyons pas méchants) les ressorts fondamentaux de la crise de l'euro.

 

Oui, les Français ont raison, les fondamentaux de l'économie britannique sont très affaiblis et une dégradation de la note souveraine du pays devra sans doute être envisagée un jour prochain. D'ailleurs, contrairement à la France, le Royaume-Uni a déjà été une fois mis en "outlook négatif" par les agences de notation, avant les dernières élections, mais le plan Cameron d'austérité a ensuite été jugé assez crédible pour que les agences rétablissent le AAA avec perspective stable.

 

Néanmoins, le débat franco-britannique ne tourne pas autour de différences d'appréciation sur quelques pourcent de plus ou de moins des ratios de déficit ou de dette. L'analyse des agences de notation repose avant tout sur le constat selon lequel le Royaume-Uni conserve une totale souveraineté monétaire et une banque centrale capable (elle le fait déjà massivement) d'assurer le maintien des taux de financement de l'Etat britannique à des niveaux extrêmement bas pour faire face à la masse de la dette.

 

En France, les agences prennent acte du fait que, comme tous les autres pays de la zone euro sauf l'Allemagne, notre pays ne dispose pas d'un prêteur en dernier ressort pour assurer les investisseurs qu'en aucun cas un défaut de paiement est possible. La France, du point de vue des agences de notation, emprunte en monnaie étrangère, émise par une banque centrale qu'elle ne controle pas, même en période de crise extrême. Un peu comme tous les pays en développement qui ont connu des crises de la dette dans le passé du fait de leur endettement en dollar américain.

 

Le vrai débat franco-britannique est là. Est-ce légitime de dégrader un pays dont le risque de défaut souverain est objectivement et par construction plus élevé que celui des pays disposant encore de leur banque centrale nationale et émettant dans une devise somme toute encore crédible au plan mondial ? Nous le pensons.

 

Le silence français sur ce point est révélateur. Il touche au plus de faiblesse fondamental de la construction de l'euro du point de vue de la France. Il révèle que le roi est nu et que nos dirigeants n'y peuvent pas grand chose, sinon prier pour que la BCE se mette, enfin, à imprimer de la monnaie, mais elle ne le fera sans doute pas.

 

Ce point touche enfin à l'absurdité fondamentale d'une construction monétaire non précédée d'une construction politique. Il est bien tard de s'en apercevoir et sans doute préférable, pour nos élites, de créer une polémique inutile avec nos voisins Anglais et de faire croire au complot.

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  • : Le blog Euro-crise propose un regard d'expert engagé sur la crise de l'euro dans le but de contribuer activement au débat public sur un sujet majeur pour l'avenir de la France et de l'Europe. Il est animé par une équipe pluridisciplinaire constituée d'acteurs d'horizons divers (banque, institutions publiques, enseignement).
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