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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 19:32

Nous entrons encore dans une nouvelle phase de la crise de l’euro.


Depuis aout, une chose est sûre : le plan du 21 juillet a échoué. Né d’un compromis bancal entre l’Allemagne et la BCE (avec à ses côtés la France), cet accord est mort né car il cherchait à concilier deux logiques inconciliables. Une logique allemande, de plus en plus clairement favorable à une restructuration lourde de la dette grecque pour ne pas avoir à payer sans fin. Une logique française, partagée par la BCE, souhaitant poursuivre le sauvetage de la Grèce pour éviter de prendre le risque d’ajouter une crise bancaire à la crise souveraine. Au final, le compromis de juillet pensait réussir à restructurer « un peu » la dette grecque (réduite de 21% en valeur actuelle nette) et à sauver les banques en évitant de les recapitaliser.

 

L’été meurtrier de 2011 n’aura pas laissé sa chance à ce plan. En attaquant violemment les banques européennes, les investisseurs de marché condamnent aujourd’hui les Etats européens à préparer de nouveaux plans de secours, seulement trois ans après Lehman Brothers. Les marchés n’ont pas acheté l’histoire que voulaient leur vendre les leaders européens. Ils en ont choisie une autre : l’austérité prônée par le FMI et la Commission européenne ne peut pas réussir à rétablir les pays du sud de la zone euro, une restructuration dure de la dette est incontournable et les banques européennes devront en subir les conséquences. Le plan grec du 21 juillet était trop peu ambitieux, et trop tardif pour rassurer. Surtout, en acceptant un défaut partiel grec, il a ouvert la boîte de Pandore des défauts souverains dans la zone euro, conduisant presque instantanément à une aggravation des tensions sur la dette italienne.

 

Dans ces conditions, l’Allemagne fait ses comptes. Continuer à mettre en œuvre le plan de juillet, qui coutera 110 MdEUR de plus aux Européens et qui ne résout en réalité en rien le problème du financement et de la soutenabilité à long terme de la dette grecque, n’a pas de sens (selon Barclays, la dette sera encore supérieure à 100% du PIB en 2025 après le « PSI » proposé par l’UE, le retour rapide, dès 2014, de la Grèce sur les marchés serait donc très peu probable). Pourquoi payer pour un plan qui ne met pas fin au problème, et payer une seconde fois pour recapitaliser les banques, maintenant que les marchés le demandent aussi ? Il est donc très logique que l’Allemagne ait cette semaine décidé de réorienter la politique européenne : recapitalisation rapide des banques pour les protéger de futurs défauts souverains dans la zone euro, et remise en cause du plan du 21 juillet pour exiger davantage d’effort de la part des mêmes banques.

 

Les discussions ont donc repris sur le contenu d’un nouvel plan grec et sur un plan de recapitalisation des banques, avec pour point de mire le Conseil européen du 17 octobre et le G20 de novembre. L’Allemagne est en train de prendre le leadership de la zone euro, enfin diront certains. Mais à quel prix ?

 

La « solution allemande » semble susciter de très fortes réticences en France. Pourquoi ?

 

La nouvelle détermination allemande peut surprendre, après des mois d’atermoiements. La chancelière veut certainement préserver sa coalition, et donc la voie de l’annulation partielle de la dette est préférable à celle, assez floue, de la « mutualisation de la dette » proposée par le SPD et les Verts. Néanmoins, on peut voir dans cette accélération allemande une option nouvelle répondant aux intérêts stratégiques de l’Allemagne.

 

L’Allemagne cherche à rétablir sa domination absolue, financière, monétaire, politique et économique, sur la zone euro. Une situation que l’Allemagne n’avait jamais connue auparavant (même avant l’euro, son pouvoir politique était très limité). La crise de l’euro est une opportunité historique pour l’Allemagne de rétablir son imperium sur l’Europe. Elle ne veut pas la manquer.

 

La solution de la mutualisation pourrait être un moyen d’atteindre cet objectif stratégique, mais elle est risquée, car elle ne peut fonctionner dans l’intérêt de l’Allemagne que si celle-ci réussit à échanger le partage de sa signature souveraine avec les autres Etats membres contre l’acceptation par ces derniers d’une fédéralisation revenant à donner le pouvoir budgétaire et économique à des instances communes qui seront forcément très dépendantes de l’Allemagne (il suffit déjà de constater que les Allemands ont de facto pris le contrôle de l’EFSF, le futur « fonds monétaire européen » en plaçant à tous les postes des nationaux). Or, la fédéralisation rend nécessaire des négociations difficiles avec les partenaires, et laisse planer le risque de compromis boiteux. Rien ne serait pire pour l’Allemagne que de créer des Eurobonds sans assurance de pouvoir imposer sa doctrine budgétaire aux autres Etats membres.

 

Du point de vue allemand, le refus des Eurobonds et la renégociation des accords du 21 juillet constitue une solution bien préférable. En mettant en défaut la Grèce, l’Allemagne va pouvoir prendre « sa perte » et mettre un terme à l’enchaînement de plans de sauvetage sans fin. Certes, cette solution sera couteuse (les 110 Md€ prévus en juillet seront probablement nécessaire dans un second plan) mais elle est conforme à la doctrine « punitive » de l’aile droite de la coalition et elle adresse un clair signal aux autres pays qui seraient tentés de freiner leur ajustement en pensant que l’Allemagne paiera toujours pour les sauver. En outre, la recapitalisation des banques est à l’avantage de l’Allemagne, car ses établissements sont moins exposés à la Grèce que les autres banques européennes et notamment les banques françaises.

 

Ainsi, l’Allemagne gagne sur tous les tableaux : elle limite le cout final du sauvetage de la Grèce, elle renforce la pression sur les autres pays du sud en crise, elle affaiblit les banques françaises qui sont les grandes rivales des banques allemandes pour la suprématie financière en Europe, et également l’Etat français lui-même en le forçant à soutenir seul ses banques. Plus encore, en forçant le défaut de la Grèce, elle provoque une mise en faillite de tout le pays, ce qui permettra aussi à ses entreprises de racheter à bon comptes des actifs dans ce pays, les entreprises allemandes étant les seules à pouvoir encore financer des acquisitions à l’échelle de l’Europe.

 

Nous comprenons ainsi les réticences françaises. Dans un monde « européen » où la charge des sauvetages financiers est généralisée, la France pouvait encore prétendre jouer un rôle de leader et profiter, aux côtés des Allemands, à la reprise en main économique et politique de la zone euro. La mutualisation permettait de cacher sa faiblesse. Mais l’Allemagne a fait un autre choix. La recapitalisation des banques françaises par la France seule (et non par l’EFSF comme le demande le Président Sarkozy) va accentuer la pression financière sur la France et révélera la grande faiblesse de nos banques, présentées jusqu’à cette année comme les grandes gagnantes de l’après-crise. Une France affaiblie ne sera plus un obstacle à l’arrivée massive des intérêts allemands en Italie, en Espagne et ailleurs une fois que l’affaiblissement de ces Etats aura fait baisser tous les prix des actifs.

 

L’Allemagne a décidé de tirer seule les bénéfices de l’effondrement économique du sud de l’Europe. Ne soyons pas naïfs, c’est à une véritable prise du pouvoir à laquelle nous assistons.

 

Pour la France, le temps des révisions déchirantes approche, et il sera cruel pour ceux qui nous font encore croire que le « couple franco-allemand » est l’axe fondamental de notre politique, avec toutes les conséquences économiques et sociales qui s’ensuivront.    

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commentaires

Charlotte 22/10/2011 04:52


Un article excellent - http://fairobserver.com/article/its-europe-not-euro-stupid


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