Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 19:20

Le débat fait rage entre la France et la Grande-Bretagne pour savoir lequel d'entre les deux pays mérite le plus d'être dégradé en premier par les agences de notation. A entendre François Baroin, il "vaut mieux être français qu'anglais en ce moment au plan économique". Est-ce si certain ?

 

Ces enfantillages entre pays sont divertissants. Ils révèlent surtout l'incapacité des dirigeants français à comprendre ou à admettre (c'est selon, ne soyons pas méchants) les ressorts fondamentaux de la crise de l'euro.

 

Oui, les Français ont raison, les fondamentaux de l'économie britannique sont très affaiblis et une dégradation de la note souveraine du pays devra sans doute être envisagée un jour prochain. D'ailleurs, contrairement à la France, le Royaume-Uni a déjà été une fois mis en "outlook négatif" par les agences de notation, avant les dernières élections, mais le plan Cameron d'austérité a ensuite été jugé assez crédible pour que les agences rétablissent le AAA avec perspective stable.

 

Néanmoins, le débat franco-britannique ne tourne pas autour de différences d'appréciation sur quelques pourcent de plus ou de moins des ratios de déficit ou de dette. L'analyse des agences de notation repose avant tout sur le constat selon lequel le Royaume-Uni conserve une totale souveraineté monétaire et une banque centrale capable (elle le fait déjà massivement) d'assurer le maintien des taux de financement de l'Etat britannique à des niveaux extrêmement bas pour faire face à la masse de la dette.

 

En France, les agences prennent acte du fait que, comme tous les autres pays de la zone euro sauf l'Allemagne, notre pays ne dispose pas d'un prêteur en dernier ressort pour assurer les investisseurs qu'en aucun cas un défaut de paiement est possible. La France, du point de vue des agences de notation, emprunte en monnaie étrangère, émise par une banque centrale qu'elle ne controle pas, même en période de crise extrême. Un peu comme tous les pays en développement qui ont connu des crises de la dette dans le passé du fait de leur endettement en dollar américain.

 

Le vrai débat franco-britannique est là. Est-ce légitime de dégrader un pays dont le risque de défaut souverain est objectivement et par construction plus élevé que celui des pays disposant encore de leur banque centrale nationale et émettant dans une devise somme toute encore crédible au plan mondial ? Nous le pensons.

 

Le silence français sur ce point est révélateur. Il touche au plus de faiblesse fondamental de la construction de l'euro du point de vue de la France. Il révèle que le roi est nu et que nos dirigeants n'y peuvent pas grand chose, sinon prier pour que la BCE se mette, enfin, à imprimer de la monnaie, mais elle ne le fera sans doute pas.

 

Ce point touche enfin à l'absurdité fondamentale d'une construction monétaire non précédée d'une construction politique. Il est bien tard de s'en apercevoir et sans doute préférable, pour nos élites, de créer une polémique inutile avec nos voisins Anglais et de faire croire au complot.

Par euro-crise
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 19:07

Il est facile ces temps ci de se faire taxer de « germanophobie » dès lors qu’on ose ouvrir un débat rationnel  sur les conséquences catastrophiques de la politique économique allemande sur l’Europe.


Le FMI, qui on l’espère sera considéré par tous comme un arbitre impartial, apporte en des termes bien choisis un éclairage sans concession sur cette question centrale qui dans son récent « Sustainability Report » sur l’Allemagne. Ce rapport est rédigé dans le cadre du travail confié par le G20 à l’institution de Washington pour surveiller les « déséquilibres globaux » à l’échelle mondiale et pour faire des recommandations en vue de leur réduction. On le sait, ces déséquilibres ont contribué à la crise systémique de 2008 en autorisant des investissements massifs de capitaux en provenance des pays en excédents dans le secteur financier occidental.

 

Que dit le FMI ?

 

1/ D’abord, il constate le niveau des excédents courants allemands. En 2010, ils représentaient 5,7% du PIB allemand, soit un niveau supérieur à celui de la Chine (5,2%) ! Le FMI rappelle que cette réalité n’est pas nouvelle. A part la période de la réunification, l’Allemagne a toujours dégagé depuis les années 1950 des excédents commerciaux et des excédents des comptes courants importants. Néanmoins, l’accroissement de l’excédent courant allemand depuis 2000 est sans précédent historique : en 2007 il dépassait 6% du PIB alors qu’il était de -2% en 2000.

 

2/ Ensuite, il trace l’origine de ces excédents structurels dans la capacité de l’industrie allemande à occuper une niche « haut de gamme » dans le commerce mondial et, surtout, dans la politique d’austérité salariale conduite depuis 2000 Outre-Rhin et dont les caractéristiques sont bien connues des lecteurs de ce blog.

 

Plus intéressant, il cherche aussi les raisons pour lesquelles les très fortes exportations ne sont pas contrebalancées par des importations de même ampleur. L’explication se trouve du côté de la faible demande intérieure en Allemagne du coté des ménages, qui s’explique bien évidemment par l’austérité salariale, mais aussi du côté du faible taux d’investissement. De 2000 à 2007, l’investissement a baissé en Allemagne  en proportion du PIB, le pays étant presque bon dernier dans le classement des pays de l’OCDE (la Suède et le Royaume-Uni présentant une performance encore plus médiocre). L’explication de ce phonème est plus dure à trouver :

 

- selon le FMI, il est probable que les dysfonctionnements du système financier sont une cause importante. Le secteur bancaire allemand n’est pas compétitif, le crédit étant encore largement alloué par des banques régionales contrôlées par les Etats régionaux. Par conséquent, la rentabilité des investissements en Allemagne est faible, ce qui explique que les banques et les gestionnaires de fonds ont massivement préféré aller investir dans les pays du sud de l’Europe … En outre, le capital investissement est assez peu développé.

 

- Le FMI indique aussi que la productivité du secteur non ouvert à la concurrence internationale reste faible en Allemagne, notamment en raison de la réglementation et des déficiences du système éducatif (le FMI souligne que le système allemand ne produit pas assez de généralistes et trop d’ingénieurs spécialisés réservés à l’industrie exportatrice)

 

- on peut penser aussi que le modèle industriel allemand privilégie la délocalisation de l’amont des chaines de production (Europe de l’Est) ce qui contribue à déprimer l’investissement sur le territoire allemand qui ne concerne que le bout de la chaine de production.

 

3/ Le FMI juge enfin les conséquences de ces réalités allemandes, elles sont très claires :

 

- L’Allemagne a contribué à élargir considérablement les écarts de compétitivité au sein de la zone euro avec sa politique salariale non coopérative. L’absence d’ajustement par le change et la mauvaise intégration des économies ont rendu impossible un rééquilibrage des déficits courants au sud de l’Europe, ce qui a rendu la crise actuelle de la dette inéluctable.

 

- A l’échelle mondiale, même, le FMI écrit que « l’Allemagne pourrait contribuer à un croissance mondiale plus élevée et plus stable en faisant moins reposer son modèle économique sur l’exportation et davantage sur la demande interne ». Un modèle économique centré sur l’exportation est fragile car exposé aux variations de la croissance mondiale

 

Qu’en fera l’Allemagne ?

 

Rien sans doute. En Europe, elle détient maintenant toutes les cartes du jeu. Au sein du G20, elle pourra compter sur la Chine pour éviter un débat trop brutal.

 

Remarquons que la Commission européenne aurait les moyens, dans le cadre du nouveau « Six Pack » de lancer une procédure en « déséquilibre excessif » contre l’Allemagne en considérant que son excédent courant pose un problème à l’ensemble de l’économie européenne. Néanmoins, nous prenons les paris que cela n’arrivera jamais, l’Allemagne ayant déjà fait savoir qu’elle ne considérait que les « déséquilibres négatifs » comme étant susceptibles de poursuites …

 

A quoi faut-il dont s’attendre ?

 

Le FMI esquisse un scénario favorable, c’est son rôle. L’Allemagne, forte de sa position acquise, mettrait fin dans l’avenir à sa politique d’austérité salariale, contribuant ainsi à rééquilibrer un peu les écarts de compétitivité dans la zone euro.

 

Nous doutons du réalisme de cette hypothèse. Comme certains éditorialistes commencent enfin à l’accepter, l’Allemagne souffre d’un manque chronique de « vision globale » des conséquences de ses propres politiques. L’excédent commercial demeure et demeurera encore longtemps le « socle » fondamental du consensus social en Allemagne, conformément aux conceptions des fondateurs de la RFA dont Ludwig Ehrard. Il s’agit de convictions profondes et largement partagées dans une population qui, du fait de ses valeurs propres, considère l’endettement et la surconsommation comme des comportements « anormaux ».

 

En 1944, Keynes proposait le Bancor et la création d’un système international de recyclage des excécents courants des pays « forts » au profit de la relance dans les pays « faibles ». Il proposait pour cela une forme de taxation des excédents courants. Soixante-cinq ans après nous en sommes toujours au même point. Les pays « forts » ne veulent pas accepter qu’ils portent une part de responsabilité dans les déficits des pays « faibles », et les crises reviennent toujours …

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Dimanche 20 novembre 2011 7 20 /11 /Nov /2011 23:58

Nous sommes frappés, depuis quelques semaines, du retour d’un débat de nature institutionnelle sur l’avenir de la zone euro : la réforme « limitée » des traités européens souhaitée par l’Allemagne suffirait par elle-même à apporter une vraie réponse à la crise. Ces prises de position répétée des partisans d’un fédéralisme renforcée dans la zone euro donne une nouvelle fois l’impression que les partisans d’une Europe plus « intégrée » croient dur comme fer que les institutions emportent le réel et sont capables, à elles-seules, de changer les données fondamentales du problème européen (les écarts de compétitivité, l’absence d’intégration économique réelle).

 

Les travaux économiques portant sur l’intégration monétaire depuis des décennies insistent au contraire sur l’importance des « fondamentaux » économiques pour apprécier la faisabilité d’une monnaie unique. Plus particulièrement, Paul Krugman a, il y maintenant vingt ans, longuement travaillé sur la dimension géographique et territoriale du problème. Auteur de référence de l’approche géographique de l’économie (la « nouvelle géographie économique »), il a mis en lumière de manière tout à fait éclairante l’importance des dynamiques territoriale dans les unions monétaires qui ont réussi. En résumé, une union monétaire qui fonctionne bien aboutit à une spécialisation productive très poussée des régions, les régions les plus richement dotées en facteurs de production efficaces, les autres régions ayant vocation à de désindustrialiser. Il s’agit, selon Krugman, d’une évolution efficace et souhaitable car elle permet à l’union monétaire dans son ensemble d’atteindre un niveau de croissance élevé. Aux Etats-Unis, mais aussi en France ou en Italie, c’est exactement ce type de spécialisation productive des région qui est observée depuis plusieurs siècles d’unification monétaire. Aux Etats-Unis, la spécialisation est trè forte et très efficace : la finance à New-York, l’aéronautique à Seatle, l’automobile à Detroit, le pétrole au Texas, l’informatique en Californie… Pour les régions pauvres, il n’existe pas d’autre destin que celui d’un territoire pauvre, assisté financièrement par les régions riches, et dont les populations jeunes et qualifiées émigrent massivement vers les centres de production. C’est le cas des Etats du centre des Etats-Unis, mais aussi de nombreux départements français de la « diagonale du vide ».

 

Cette école de pensée nous semble absolument fondamentale pour comprendre les dynamiques à l’œuvre dans la zone euro.

 

Le succès de la zone euro passe par une transformation territoriale analogue à ce qui a été observé dans les autres unions monétaires. Une union monétaire capable de croître fortement suppose une concentration des facteurs de production vers les régions les mieux dotées en capital et en travailleurs qualifiés, c’est à dire les régions de la « banane bleue » de l’Europe, qui va d’Amsterdam à Milan en passant par la Belgique, l’Est de la France, l’Allemagne de l’Ouest et l’Autriche. Ces régions sont le cœur industriel de l’Europe. Elles sont le cœur des pays encore notés AAA.

 

L’échec des dix premières années de l’euro apparaît alors clairement : au-delà des problèmes institutionnels et des problèmes budgétaires qui concentrent tous les débats, nous pensons que les causes fondamentales de la crise sont à trouver du côté de l’économie réelle et de l’échec européen à enclencher la dynamique de concentration des facteurs annoncée par Krugman.

 

Qu’ont fait en effet les Etats de la zone euro depuis 10 ans : exactement le contraire de la préconisation des économistes. D’abord, les Etats ont globalement résisté à la concentration des facteurs dans la zone germanique. On les comprend : dans une Europe encore dominée par les logiques nationales, les gouvernements ont tout mis en œuvre pour défendre leur industrie, leur système financier. En outre, l’absence quasi totale de mobilité du travail a fortement freiné les logiques de concentration. Ensuite, et surtout, les Etats membres ont refusé de mettre en place les dispositions de solidarité avec les régions pauvres appelées à se désindustrialiser, en écrivant dans le traité une règle de « non renflouement » des pays en difficulté.

 

Au final, les forces puissantes de la concentration régionale du potentiel productif se sont exercées, mais ont été freinées par les politiques nationales et n’ont pas été accompagnées par une politique de solidarité. Au bout d’une décennie, l’Allemagne et la « zone centrale » de l’Europe a été renforcée dans sa compétitivité de manière très significative, les régions moins centrales de la France et de l’Italie ont perdu une partie de leur potentiel industriel et les régions périphériques ont été quasiment totalement désindustrialisées (Espagne, Grèce, Portugal). Au final, ces régions pauvres ont parfaitement répondu au modèle de Krugman, mais n’ont pas été suffisamment aidées en contrepartie par la solidarité du « cœur » de la zone.

 

D’une certaine façon, la crise de l’euro était donc inéluctable, la crise financière de 2008 ayant accéléré simplement le processus.

 

 Quelles leçons faut-il tirer de ce constat pour la suite de la crise de l’euro ?

 

1/ Du point de vue de la nouvelle géographie économique, le « bon modèle » pour la zone euro reste toujours le même : celui d’une zone économique intégrée dans laquelle les spécialisations productives s’affirment « naturellement » en faveur des régions les plus compétitives et dans laquelle aussi la solidarité entre les régions permet de maintenir un niveau de vie acceptable dans les régions pauvres. La zone euro ne peut fonctionner que si un réel fédéralisme budgétaire est mis en place pour permettre à l’ensemble des 17 Etats membres de « suivre le rythme ». Les évaluations minimalistes faites par P. Artus de Natixis évoquent des transferts à hauteur de 3% à 4% du PIB du « cœur » de la zone euro soit plusieurs centaines de milliards d’euros par an (P. Artus simule l'effort nécessaire pour stabiliser simplement les inégalités de revenu actuelles entre régions riches et pauvres de la zone euro).

 

2/ En revanche, si la vision allemande de la zone euro prévaut (un ajustement budgétaire à marche forcée, des Etats membres qui équilibrent tous leurs budgets, pas d’union de transfert), alors on peut légitimement questionner la viabilité de l’union monétaire européenne. L’Allemagne semble ne pas bien comprendre les leçons essentielles de la géoéconomie : la concentration de l’industrie en Allemagne peut être une évolution favorable pour l’ensemble de la zone euro, mais à condition que le « cœur » industriel accepte de redistribuer par le biais de transferts importants une partie de la richesse créée vers les régions désindustrialisées. En outre, cela suppose une mobilité du travail très grande des régions pauvres vers les régions riches, le système d’éducation permettant d’attirer les jeunes des zones périphériques vers les usines du cœur de l’économie intégrée. Le modèle prôné par Madame Merkel est très éloigné de cela.

 

3/ Une Europe « économiquement intégrée » est-elle possible ? C’est une question essentielle qui reste largement posée. Les Européens se comportement depuis 1999 comme si ils n’avaient jamais compris les enjeux gigantesques en termes de spécialisation régionale de la monnaie unique européenne. Pour que l’euro réussisse, il leur faut vraiment accepter le caractère souhaitable et même irréversible de l’abandon de certaines productions et de la solidarité financière. Aujourd’hui, rien ne permet vraiment de penser qu’une telle évolution est possible dans la prochaine décennie : la mobilité du travail reste très faible (même si l’effondrement en cours dans le sud de la zone euro est en train de créer des incitations très fortes à apprendre à parler allemand…), les grands Etats continuent à croire à leur avenir industriel, en compétition avec leurs partenaires européens, et mobilisent même des instruments politiques pour freiner le processus.


4/ Pour la France, l’enjeu est considérable. Pour dire les choses brutalement, une évolution de la zone euro conforme à la spécialisation régionale est incompatible avec le maintien de la politique d’égalité territoriale qui est au cœur de la République. Durant les 10 premières années de l’euro, la France s’est beaucoup battue face à l’Allemagne pour refuser un transfert trop massif de l’industrie vers l’Allemagne (pensons par exemple aux efforts considérables déployés en 2004 par Nicolas Sarkozy pour empêcher Siemens de prendre le contrôle d’Alstom). La France en revanche n’a pas été en mesure de construire une « politique industrielle de la zone euro » qui aurait permis un partage équilibré des spécialisations productives avec l’Allemagne.

 

Maintenant que l’Allemagne a toutes les cartes en main, elle est en position de conduire à ses conditions ce processus de spécialisation qui se fera forcément au détriment de la France.

 

Cette tendance est très dangereuse pour la France dont les régions ne sont pas toutes capables de faire partie du « cœur industriel » de la zone euro. Si l’Alsace, le Nord et la Région Rhône Alpes seront naturellement mises en orbite du cœur germanique (les ouvriers y parleront tous allemand dans 10 ans), toutes les régions du sud et de l’ouest de la France seront probablement totalement désindustrialisées. L’Etat, mis sous tutelle budgétaire, n’aura plus les moyens de compenser par la dépense publique les dotations factorielles de ces régions ni de maintenir leur niveau de richesse par habitant. Il s’ensuivra une rupture inédite de l’égalité territoriale en France et la fin d’une certaine forme d’égalité républicaine établie depuis le XIXe siècle sur notre territoire.

 

Un objectif essentiel de la France dans la négociation qui va s’ouvrir avec l’Allemagne sur le fédéralisme européen devrait donc à notre sens porter sur ce sujet central. La dépense publique française provient en partie du poids des dépenses liées à la redistribution interne à la France de la richesse nationale (pensons à l’essor des dépenses locales depuis 10 ans). L'Allemagne a ses propres problèmes avec l'ex-RDA, mais elle a les marges financières pour continuer à subventionner les Landers de l'est en dépis de l'échec relatif de sa politique de revivification de ces régions (largement vidées de leur population jeune partie à l'ouest). Pour que la France puisse rester durablement dans la zone euro, il faudra que l’Etat français ou la solidarité européenne finance ces régions périphériques grâce à des transferts financiers.


La préservation de la cohésion sociale et territoriale de la nation française doit être l’objectif majeur des autorités françaises dans les prochaines négociations avec l’Allemagne. Elles en ont le devoir.  

Par euro-crise
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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 00:35

Depuis le début de la crise de l’euro, tous les commentateurs sont sûrs d’une chose : même si cela était souhaitable, une sortie de l’euro ne serait techniquement et juridiquement pas possible. Les traités ne prévoient aucune autre solution qu’une sortie de l’UE en même temps qu’une sortie de l’euro. Surtout, réintroduire une monnaie nationale provoquerait un effondrement économique complet qui n’est pas une option crédible. Bref, les Etats membres de l’euro sont condamnés à mourir à petit feu ou à espérer qu’un jour l’Allemagne accepte enfin de boucler leurs fins de mois.

 

Cette affirmation martelée matin et soir commence à être remise en cause.

 

Deux prises de position récentes sont instructives.

 

1/ D’abord, l’éditorialiste de référence du Financial Times (dont on ne peut pas douter des compétences financières !) Martin Wolf a commencé a détailler en pleine page ce que pourrait être un mécanisme « contrôlé » de sortie de l’euro. C’est le versant technique et financer du sujet qui est crucial.

Son plan, dans le cas de la Grèce, est le suivant :

- La Grèce réintroduit une monnaie nationale, la « nouvelle drachme »

- « Les nouveaux contrats exécutés sous loi grecque et les impôts et dépenses en Grèce seraient libellés dans la nouvelle monnaie » (la loi grecque peut imposer cette conversion sans risque de contestation juridique).

- « Les contrats existant resteraient en euros » (afin d’éviter les risques liés à la contestation juridique d’une conversion forcée).

- « Les banques auraient des comptes résiduels en euros (« legacy euro accounts ») et des comptes en nouvelle drachme »

- Le taux de change contre euro de la nouvelle monnaie serait fixé par le marché, il se déprécierait rapidement, « ce qui est désespérément nécessaire ».

- Le Gouvernement grec serait soumis aux obligations d’un programme international « reformulé » (sous entendu par le FMI). « Il continuerait à se battre pour arriver à l’équilibre des comptes publics, mais il serait aidé en cela par ce qui s’apparenterait à une dévaluation réelle massive ».

- La nouvelle banque centrale gérerait la nouvelle monnaie en toute indépendance.

- Les prix internes monteront en nouvelle monnaie, mais compte tenu des capacités de production non utilisées très importantes, l’hyperinflation pourrait être évitée avec une aide internationale appropriée.

- « Il y aurait des défauts sur les dettes privées et publiques dans des montants importants. Mais si la Grèce devait rester dans l’euro et subir une déflation durable pour espérer retrouver de la compétitivité sans une nouvelle monnaie, la valeur réelle de la dette en euro exploserait également et ce phénomène accélérerait même le processus de défaut » (donc ces défauts sont de toute façon incontournables, la seule question est comment les gérer au mieux).

- « La Grèce perdra son droit de vote à la BCE, mais la possibilité d’un retour un jour dans l’euro demeurerait ».

- « Une telle approche coopérative pour réintroduire une monnaie nationale serait la moins couteuse, mais elle générerait forcément de la contagion ».

Si M. Wolf présente un plan aussi détaillé, cela signifie que contrairement aux affirmations de certains économistes de banques (ING, UBS, abondamment cités malgré leur exposition à un conflit d’intérêt évident…) la sortie de l’euro ne serait pas forcément l’Armageddon.

 

La restructuration des dettes est une permanence des crises financières. Malgré les dénégations de M. Trichet, pourtant ancien président du Club de Paris (dont le métier est, justement, de restructurer de manière ordonnée les dettes des pays pauvres), la restructuration des dettes des pays du sud, dettes privées comme publiques, est possible et même souhaitable sans créer de catastrophe. Bien sûr, on nous dira que la Grèce ne pourra plus jamais avoir accès au marché international des capitaux et sera condamnée à l’autarcie. Mais l’histoire financière dit exactement le contraire : le cas de l’Argentine est l’exception et non la règle (le pays est privé d’accès aux marchés depuis 10 ans depuis le défaut de 2002). Les autres pays ayant fait défaut, parfois massivement mais de manière ordonnée et coopérative sont souvent revenus sur les marchés rapidement, car les créanciers savent qu’une faillite ordonnée est souvent le gage d’un nouveau départ gagnant.

 

2/ La seconde évolution intéressante concerne le volet juridique de la sortie de l’euro. La CDU allemande prépare pour son congrès une motion demandant à la Chancelière de proposer une révision du Traité européen pour permettre à un pays de sortir de l’euro sans devoir forcément sortir de l’Union européenne et du marché unique. Il fallait y penser.

 

Nous avons toujours considéré qu’une telle révision du Traité était probable en cas de sortie forcée de l’euro. Le maintien de pays membres de l’UE hors de l’euro montre depuis dix ans que l’appartenance à l’Union est compatible avec le refus de rejoindre l’euro. L’argument juridique exposé avec autorité n’a aucune pertinence politique.

 

Nous n’avons en outre jamais douté que l’intelligence collective mobilisée pour sauver une zone monétaire sans avenir (création de l’EFSF, création d’un levier pour le fond, montages de SPIV en tous genre pour attirer de l’argent chinois, etc..) peut évidemment être mise au service de plans B.

 

Il est temps de travailler sérieusement à un processus maîtrisé de sortie de l’euro pour les pays qui, de toute évidence, finiront de gré ou de force à en sortir.

 

La déconstruction de l’euro ne sera pas la fin du monde.

 

 

 

Par euro-crise
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Dimanche 30 octobre 2011 7 30 /10 /Oct /2011 18:13

L’accord européen du 26 octobre dernier relance l’hypothèse d’une sortie par le haut de la crise européenne. Une tentative réussie de stabilisation des finances de la Grèce (mise sous tutelle internationale pour une très longue période) et de limitation de la contagion à l’Espagne et à l’Italie pourrait déboucher sur une nouvelle étape plus positive de l’action européenne : relance d’une véritable politique et croissance et du fédéralisme.

 

Une telle perspective n’est bien sûr pas illégitime. Néanmoins, outre les grandes incertitudes qui demeurent sur la véracité de la « sortie de crise » acclamée depuis jeudi dernier, il nous semble nécessaire d’engager rapidement une clarification de fond sur les termes de ce nouveau débat européen.

 

A ce stade, les partisans d’un approfondissement européen ne sont pas convaincants car ils ne répondent jamais aux vraies questions sous-jacentes à leur volonté d’aller toujours vers « plus d’Europe ».

 

1/ Un débat sérieux sur la crise de l’euro doit toujours revenir au fondement même du processus de dislocation progressive de la monnaie unique : l’hétérogénéité insoutenable à terme des économies de la zone euro et l’incapacité des Européens à définir ensemble depuis dix an un modèle économique coordonné et viable.

 

De ce point de vue, les prises de position récentes des euro-fédéralistes ne répondent absolument pas à cette question fondamentale. L’engagement de la zone euro dans un nouveau changement de traité en vue d’un « saut fédéral » au plan fiscal, avant à terme l’union politique tant rêvée, est présenté comme la solution finale au problème. Obsédé par les questions institutionnelles, ils sont probablement convaincus que les institutions sont de nature à « forcer le réel » et qu’il suffit de changer les traités pour agir sur les structures économiques européennes. Or, après dix ans d’UEM, il est patent qu’un tel pari est voué à l’échec.

 

Une institution, aussi puissante et fédéralisée soit-elle n’est pas en mesure d’agir sur les dynamiques économiques et sociales nationales à moins de disposer de moyens d’action extraordinairement puissants : un système fédéral intégré et redistributif portant sur plusieurs dizaines de points de PIB (20% aux Etats-Unis), des mécanismes de solidarité financière très élaborés (comme en Allemagne ou en France entre les collectivités locales), une dette fédérale commune, une régulation centralisée du secteur financier, un droit du travail et un droit social harmonisé dans ses composantes les plus fondamentales (rôle des partenaires sociaux, place relative des cotisations sociales et des impôts pour financer la protection sociale), des préférences collectives harmonisées en matière de financement des services publics, de politique de défense, de politique énergétique…  

 

Dans ce contexte, les annonces du Président Sarkozy de jeudi dernier semblent bien pauvres : un impôt sur les sociétés franco-allemand (base et taux harmonisés), un impôt sur le patrimoine harmonisé et un « gouvernement économique européen » pour discipliner les déficits publics. Or, il faut le redire, les dérapages des finances publiques observés au sud de l’Europe ne sont que des symptômes d’une crise existentielle d’une zone monétaire ouverte aux quatre vents de la concurrence fiscale et sociale, sans projet économique commun et sans instruments de correction de ses déséquilibres internes. Qui donc pourrait croire que de telles mesures, seront suffisantes pour créer une véritable « europe économique»?

 

On comprend mieux, face à l’ampleur de la tâche, les raisons pour lesquelles les promoteurs de l’Europe fédérale se gardent bien de discuter les conséquences de fond de leur projet intégrationniste.

 

Assez donc de propos vagues sur le « saut fédéral ». Pour être crédibles, les partisans du fédéralisme doivent nous dire maintenant quel projet économique et social de fond ils entendent faire porter par des institutions européennes renforcées.

 

2/  Le déroulement de la crise de l’euro depuis 2010, en dépit des grandes déclarations médiatiques, démontre tous les jours l’opposition croissante des modèles économiques souhaités par le nord et le sud de la zone euro. Il semble donc plus qu’improbable qu’une conciliation soit possible entre ces deux modèles. Une « intégration » économique européenne n’a donc de sens que dans l’application du modèle germanique à l’ensemble de la zone euro.

 

Parlons franchement : il est probablement trop tard pour faire émerger un modèle économique « européen », fruit d’un compromis équilibré entre le modèle allemand (centré sur la compétitivité et l’exportation) et le modèle latin (centré sur la consommation, l’endettement et l’ajustement régulier de la compétitivité par le change). La recherche d’un tel compromis aurait du être la priorité absolue des dirigeants européens après 1999, mais, grisés par les faux-semblants du libre-échangisme intégral et les facilités permises par l’endettement public et privé, ils ont collectivement démontré leur irresponsabilité. Il est pathétique à cet égard d’entendre les responsables actuels souligner les fautes commises par leurs prédécesseurs (si le Président Sarkozy admet que l’entrée de la Grèce dans l’euro était une erreur, veut-il dire aussi que faire entrer l’Espagne et l’Italie en était une autre ?).

 

Les écarts de compétitivité ont trop été creusés. L’Europe du sud est ruinée (endettement public et privé généralisé), l’Europe du nord est sur-compétitive. Même un bouleversement total des politiques du nord ne permettrait pas de corriger les déséquilibres nord-sud avant plusieurs décennies (par exemple, Bercy a simulé qu’il faudrait 22 ans à l’Espagne pour rétablir la compétitivité coût du travail vis à vis de l’Allemagne dans l’hypothèse peu réaliste d’une politique salariale « normale » (des gains salariaux égaux à la productivité) en Allemagne).

 

La seule hypothèse crédible est donc celle d’un alignement complet du sud de l’Europe sur le modèle allemand. Elle est en train de se réaliser sous nos yeux avec la victoire totale de Mme Merkel au sommet du 26 octobre : refus du financement monétaire des Etats en difficulté par la BCE, réforme des traités uniquement centrée sur la « gouvernance budgétaire », mise sous tutelle de la Grèce par les experts européens.

 

3/ Les partisans du « plus d’Europe » doivent donc dire la vérité à leurs électeurs mais elle sera très dure à dire.

 

Pour la France, l’alignement sur l’économie allemande passe par une réorientation totale de notre politique économique et sociale :

 

finances publiques : le déficit structurel de la France restera de -5% du PIB en 2011 malgré des recettes publiques de 50% du PIB. En Allemagne, le déficit structurel est de 1% malgré des recettes publiques à 43% du PIB. Les dépenses publiques représentent 56,6% du PIB en France, contre exactement 10 points de moins en Allemagne (49,9%). La réduction du déficit structurel français rend nécessaire de franchir une « marche d’escalier » de 5% du PIB soit 100 milliards d’euros. Ce ne sera pas possible du simple fait de l’augmentation des recettes (la coupe des niches fiscale a des limites, la compétitivité externe interdit des hausses massives d’impôts sur les sociétés et la hausse de la TVA et de la CSG pèse fortement sur le pouvoir d’achat). Il faudra donc, comme l’Allemagne depuis 10 ans, conduire une politique résolue de réduction de la dépense et donc de retrait progressif de l’Etat de pans entiers de la protection sociale et du territoire (la France est un pays moins dense que l’Allemagne, ses services publics sont donc structurellement moins productifs). Quels postes de dépenses seront-ils réduits ? Dans quel calendrier ? L’Irlande, qui a connu dix ans de très forte croissance, montre qu’une telle politique d’austérité brutale est possible, mais est-elle concevable en France où l’euro n’a pas créé la même dynamique positive et où la population a déjà le sentiment de subir la crise depuis des années ?

 

Compétitivité : le cœur du modèle allemand repose sur la priorité accordée à la montée en gamme de l’industrie, la compression des salaires et la délocalisation de l’amont industriel. Pour la France, cela signifie d’abord un gel en valeur nominale du SMIC pendant une décennie (comme l’Allemagne de 1999 à 2008), et donc une baisse du pouvoir d’achat des salariés Français. Le « Président du pouvoir d’achat » en est-il conscient ? La compétitivité passe également par la délocalisation massive des emplois peu qualifiés de l’industrie vers la périphérie hors zone euro (Afrique du nord, Europe de l’Est), dans le cadre d’une stratégie globale de co-prospérité et de sacrifice des catégories peu qualifiées de salariés soumises à des règles dures en matière d’aide sociale et d’indemnisation du chômage (le taux de pauvreté en Allemagne a bondi suite à l’Agenda 2010). Enfin, une réforme de grande ampleur du droit du travail pour réduire fortement la protection de l’emploi seraient nécessaires.    

 

 4/ Une telle politique est-elle réaliste ? Nous pouvons en douter.

 

D’abord, l’avance acquise par l’Allemagne est réelle et il est peu probable qu’elle freine ses efforts de compétitivité pour nous laisser le temps de la rattraper. Le consensus interne est total en Allemagne sur les fondements de la politique mercantiliste. Une victoire du SPD en 2013 n’y changerait rien. En affaiblissant la France, l’Allemagne peut espérer au contraire prendre un ascendant irrémédiable dans les secteurs économiques dans lesquels les grands groupes françaises concurrencent encore les entreprises allemandes (pensons à Alstom).

 

Ensuite, nous pouvons douter la capacité de l’appareil politique français à conduire une politique aussi radicale, dans un laps de temps réduit, alors que l’exigence de réforme est une évidence depuis plus de 10 ans. L’histoire montre les limites des capacités d’adaptation des sociétés. La France n’est pas l’Allemagne : elle n’a pas la même histoire sociale, les mêmes spécialisations industrielles, la même vision du rôle de l’Etat et de la décentralisation.

 

Enfin, un alignement complet de la France sur le modèle allemand serait contre-productif à l’échelle de l’Europe. En réalité, l’Allemagne a profité grandement de la bonne tenue de la consommation française et de notre sous-compétitivité. L’obsession de la compétitivité est un jeu à somme nulle à l’échelle européenne, car l’Europe du sud ne pourrait plus absorber massivement les exportations « compétitives » et la capacité des Européens à conquérir des parts des marché à l’international resterait limitée par la montée en gamme des émergents.

 

*

 

L’alignement de la France et du reste de l’Europe sur le modèle allemand ne mènera donc nulle part.

 

Une approche européenne réaliste passe par la définition d’un projet économique réellement « communautaire » dont les contours n’ont jamais été aussi flous, simplement parce que la logique libre-échangiste de l’Europe de Bruxelles interdit l’idée même de l’affirmation d’un modèle européen disposant d’instruments de régulation équivalents à ceux mis en œuvre dans le reste du monde (protections commerciales, politique industrielle, politique de change répondant aux intérêts bien compris de chaque ensemble économique).

 

La victoire totale de l’Allemagne dans la gestion de la crise européenne rend plus que jamais irréaliste l’émergence d’un tel projet économique collectif à l’échelle de l’Europe que nos élites n’ont pas su faire émerger durant les premières années de l’euro.

 

Pourtant, les élites politiques françaises s’apprêtent à nouveau à promouvoir ce mythe lors des élections de 2012. 

 

A l’impossible nul n’est tenu. Si la pression que l’Allemagne s’apprête à exercer sur notre économie et notre société est décidément insupportable, est-ce raisonnable de persévérer dans une voie sans issue ? N’avons-nous vraiment aucun autre choix, alors que l’évolution du monde démontre tous les jours l’efficacité de politiques nationales stratégiques souples et adaptatives de pays plus petits que la France, sûrs de leurs atouts, conscients de leurs faiblesses et forts de leur cohésion intérieure (pensons à la Corée du Sud, membre de l’OCDE, ou aux pays scandinaves présentés par tout en modèles). L’idée d’une sortie par le haut de l’Allemagne de la zone euro et de la constitution d’un « euro du sud » autour de la France et de l’Italie est-elle si absurde ?

 

Le prochain Président de la République doit-il est élu pour sauver l’euro ou pour servir la France ?

 

Il est temps d’ouvrir un vrai débat.

 

 

 

 

 

 

 

 

Par euro-crise
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